Profession
Comment la sécurité privée réagit-elle face à la crise ?
Malgré l'idée répandue selon laquelle la profession reste dynamique et créatrice d’emplois, les mois à venir laissent augurer de sombres perspectives pour la sécurité privée. Pour Claude Tarlet, président de l'Union des entreprises de sécurité privée (USP), force est de constater que la réalité est très contrastée. « La profession n’est pas parvenue à agir collectivement avec maturité et à créer une relation équilibrée avec ses clients. Par ailleurs, c'est un fait, les acteurs sont trop nombreux. Et l’arrivée de nouveaux entrants ne venant pas du monde de la sécurité va bouleverser le marché. Sans compter que la pression des clients se fait très forte et entraîne une dégradation de la rentabilité des entreprises. Les plus exposées sont celles qui travaillent pour l’industrie. » Selon Claude Tarlet, de nombreuses sociétés de sécurité sont aujourd’hui en péril. Pour y remédier, il préconise plusieurs solutions : « Optimiser les prestations, travailler en réseau avec des décisions décentralisées par métiers ou par zones géographiques, entretenir une relation de proximité et de confiance avec les clients ». Car, conclut-il, « la crise démontre que, quelle que soit la taille d'une entreprise, elle doit rester rentable ».
La carte professionnelle : pourquoi un délai supplémentaire ?
Le ministère de l'Intérieur a décidé d'accorder un délai supplémentaire jusqu'au 31 décembre 2009 pour la mise en place de la carte professionnelle. Le décret d'application de la loi de 2003, publié en février dernier, fixait au 31 mars la date limite pour faire la demande de ce nouveau sésame auprès des préfectures (voir article InfosSecuritas # 06). Mais sur le terrain, les difficultés se sont multipliées : préfectures engorgées, impossibilité de délivrer un récépissé lors des dépôts de dossiers, problèmes d'interprétation des textes qui ont entraîné de nombreux rejets, notamment pour les agents de sécurité incendie. Résultat : de nombreuses entreprises et agents de sécurité risquaient de se trouver dans l’illégalité ou dans l’impossibilité de travailler. Le décret de modification confirmant ce report pour les agents de sécurité déjà en poste n’est toujours pas paru. Pour les agents de sécurité entrant dans la profession, la carte professionnelle est obligatoire depuis mars 2009.
Les agents de sécurité incendie vont-ils réussir à obtenir la carte professionnelle ?
Une épaisse fumée entoure aujourd'hui l'obtention de la carte professionnelle pour les agents de sécurité incendie. Actuellement, les préfectures acceptent les dossiers, dans 90 % des cas, les 10 % restants se heurtent à des blocages. La raison invoquée pour motiver ces refus est l’exclusion de ce métier du champ de la profession de la sécurité privée. Or, cette vision ne correspond pas à la réalité. Les agents de sécurité incendie entrent depuis l’origine dans le champ de compétences des entreprises de prévention et de sécurité. La circulaire d'application de la loi de 1983 définit la sécurité des biens et des personnes comme la surveillance de tous les biens immeubles ainsi que la prévention des risques, dont les incendies font partie. Conformément à leur formation mixte (aptitude préalable via le CQP* notamment et les qualifications SSIAP**), les agents de sécurité incendie exercent des activités de surveillance générale et de prévention incendie. Ainsi, se profile le risque pour les salariés de ne plus pouvoir exercer leur métier ! Face à cette situation, l'Union des entreprises de sécurité privée (USP) a alerté les pouvoirs publics. En parallèle, elle déploie des efforts de pédagogie auprès des préfectures pour expliquer qu'un agent de sécurité incendie doit obtenir la carte professionnelle au même titre qu'un agent de surveillance.
* CQP : Certificat de qualification professionnelle
** SSIAP : Services de sécurité incendie et assistance aux personnes.