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16 mars 2020
Modifié le lundi 16 mars 2020 11:03
Interview

Comment les agents de sécurité peuvent-ils se défendre en cas d’agression ?

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Dans l’exercice de leurs missions, les agents de sécurité peuvent être confrontés à des situations délicates, notamment des agressions physiques ou verbales. Des formations spécifiques sont dispensées pour les aider à gérer ces cas extrêmes avec sérénité et efficacité.

Quentin-Guillaume Herkenrath, directeur du centre de formation Securitas pour les régions Nord et Normandie.

« Le principe : zéro contact avec l’agresseur »

Face à une agression, comment les agents de sécurité peuvent-ils réagir ?

Quentin-Guillaume Herkenrath : Qu'il s'agisse d'incivilité, d'agression verbale, d'agression physique ou d'agression à main armée, toute la pédagogie du métier consiste à faire en sorte qu'il y ait zéro contact physique avec l'attaquant. Tel est le principe décliné dans la formation au Certificat de qualification professionnelle Agent de prévention et de sécurité (CQP APS).

Quelle est l’alternative possible ?

Q.-G. H. : L'agent de sécurité doit apprendre à désamorcer une situation et à manœuvrer psychologiquement l'adversaire, afin de le mettre dans une situation de démission. Dans 90 % des cas, les problèmes sont résolus par un barrage mental.

Quels sont les cas où cela ne fonctionne pas ?

Q.-G. H : Il s'agit des conflits dégradés, ceux où l'agresseur est sous l'emprise d'alcool ou de psychotrope, ou en état de défaillance mentale. Les agents de sécurité y sont préparés et anticipent cette éventualité, notamment en abordant le code de procédure pénale, lequel traite de nombreux cas de figures tels que la légitime défense, le non obstacle à la commission d'une infraction et la mise en danger d'autrui par exemple.

Que doit faire l'agent de sécurité dans ces situations particulières ?

Q.-G. H : Le dernier module de formation créé en 2018 va loin dans l'analyse des modes dégradés, ceux dans lesquels l'agent de sécurité a affaire à des gens potentiellement dangereux pour autrui et pour eux-mêmes, et que l'on ne peut pas raisonner. On explique aux agents de sécurité qu'ils peuvent aller, si le risque est avéré, jusqu'à entraver et neutraliser l'agresseur pour le remettre aux forces de l'ordre, toujours en essayant de maintenir la distance physique.

L'agent de sécurité peut-il être armé ?

Q.-G. H : Parfois, il arrive qu'une dérogation préfectorale autorise le port d'un dispositif de maintien à distance, dans les zones de criminalité reconnues, notamment.

Les formations que vous dispensez abordent-elles la question du terrorisme ?

Q.-G. H : Le sujet est différent et fait d'ailleurs l'objet d’un module de formation spécifique qui examine les différentes manières d'être frappé. On enseigne aux agents de sécurité la règle des 3C : Courir, (se) Cacher, Combattre. En clair, il s’agit de prendre la fuite en priorité, de se cacher si cela n’est pas possible, ou en dernier recours de se défendre.

À partir de quand peut-on invoquer la légitime défense ?

Q.-G. H : Elle fonctionne si la riposte est immédiate, si elle est proportionnée à l'attaque, et si elle est justifiée et inévitable. Mais on oublie souvent que trois critères s'appliquent par ailleurs à l'attaque : celle-ci doit être actuelle ou imminente, elle doit porter atteinte à l'intégrité physique, et elle doit être injuste ou non légitime.

* Courir, se cacher, combattre

Christophe Waeles, formateur au Centre du formation Securitas Sud-Ouest, ancien agent de sécurité.

«  Ne jamais entrer dans le jeu de celui qui agresse »

Quelles sont les situations présentant le plus de menaces pour les agents de sécurité ?

Christophe Waeles : Tout dépend des sites où ils interviennent. Dans l'industrie et le secteur tertiaire, le problème majeur est celui de l'intrusion. Souvent, des personnes non habilitées veulent accéder
à un site protégé, sans papier d'identité. Très souvent aussi, des transporteurs viennent livrer des produits sans que l'on sache d'où ils arrivent. Dans la grande distribution, le cas le plus fréquent est celui du vol à l'étalage.

Quel est le principal message que vous délivrez dans vos formations ?

C. W. : Nous formons les agents de sécurité à la gestion cognitive
du conflit
, c'est-à-dire que nous leur enseignons comment adopter
un positionnement juste et efficace, sans toucher l'agresseur ou la personne prise en faute. Il existe de nombreuses techniques de désamorçage, l'idée étant de ne jamais entrer dans le jeu de celui
qui est en face de soi. La grande règle du métier, c'est d'essayer
de ne pas être seul, lorsqu'une situation complexe survient. Le renfort est toujours le bienvenu et il faut surtout anticiper l'événement autant que possible.

Peut-on classifier les agressions ?

C. W. : Après chaque agression, nous recommandons aux équipes de partager ce qui s'est passé, afin de comprendre ce qui a fonctionné et ce qui n'a pas fonctionné. Ce partage d’expérience permet par la suite de mettre les bonnes personnes aux bons endroits. Les agents de sécurité ne sont pas tous faits pour exécuter le même type de tâches. Dans le secteur de la distribution, par exemple, il faut savoir calmer les personnes malveillantes et surtout réussir à apaiser les gens qui se trouvent à proximité.

Les formations prennent-elles une forme pratique ?

C. W. : Il y a l'enseignement théorique mais également l'étude de cas concrets que nous mettons en scène de manière ludique. C’est un moyen de faire comprendre à l'agent de sécurité l'impact émotionnel de son métier et de l'aider à trouver les moyens de relâcher la pression.

Vos stagiaires ont-ils peur ?

C. W. : L'attentat du Bataclan, en novembre 2015, a déclenché une véritable inquiétude dans notre profession. Nous avions à l'époque lancé une campagne de formation sur le risque terroriste, afin de bien mesurer la réalité du risque. Aujourd'hui, la situation est mieux maîtrisée.

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