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17 novembre 2020
Modifié le mercredi 18 novembre 2020 09:17
Décryptage

Sécurité dans les transports, en progrès mais peut mieux faire

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Metro

L’insécurité dans les transports reste un sujet majeur d’inquiétude pour les Français. Présence humaine ou installation d’outils technologiques, la société peine parfois à trouver des solutions.

C’est un fait : la sécurité continue de poser problème dans les transports urbains et interurbains en France. Souci majeur des usagers mais également des exploitants, des régies de transport, des conducteurs et des élus locaux, elle s’est sans doute améliorée, puisque 76% des conducteurs de bus font état d’une amélioration de l’ambiance à bord de leurs véhicules au cours des quatre dernières années, tandis que 83 % des personnes utilisant les transports en commun jugent aujourd’hui rassurante la présence d’agents de sécurité.

Il n’en demeure pas moins qu’un usager sur deux avoue encore ressentir de l’insécurité quand il se déplace, malgré un grand nombre de mesures prises par les pouvoirs publics : ouverture d’un numéro d’urgence pour signaler en toute discrétion un comportement inquiétant (31 177 pour envoyer un sms, 3117 pour appeler), création dans certaines villes de l’arrêt à la demande la nuit, installation d’un bouton d’appel de détresse et d’une cabine anti-agression pour protéger les chauffeurs, campagnes de prévention contre les incivilités, le harcèlement, la fraude, les comportements à risque…

Caméras de vidéoprotection et présence policière

Cet été, le gouvernement a décidé de multiplier par deux les patrouilles de gendarmes et de policiers dans les transports en commun. Il a aussi pris l’engagement qu’aucun train, bus, métro, tram ou équipement de gare ne soit plus acheté sans caméra de vidéoprotection.

Dans la métropole lilloise, « les caméras installées dans les rames du métro, les bus, les tramways et les stations sont une force supplémentaire contre la délinquance », indique Yann Clément, directeur de l’agence Lille Transports de Securitas. « En 2019, Keolis a mis en place des portiques à l’entrée des stations les plus fréquentées. Le déploiement sur les autres stations est en cours de réalisation. La présentation du titre de transport est désormais obligatoire, ce qui réduit la délinquance et les squats sur le réseau », ajoute-t-il.

Les difficultés se rencontrent en général le week-end, lorsque des gens éméchés ou drogués se présentent à l’ouverture des portes pour rentrer chez eux. Toutefois, le problème s’est tassé avec la crise sanitaire. « Nos agents de sécurité ont actuellement pour priorité de faire respecter le port du masque, précise Yann Clément, ce n’est pas simple puisque nos collaborateurs ne sont pas assermentés pour verbaliser les contrevenants ».

Pour les femmes, la discrétion devient parfois la meilleure défense

Dans ce contexte particulier de crise sanitaire, la question de la sécurité des femmes reste malheureusement prégnante. « Au moment du confinement, des soignantes qui rentraient tard chez elles se retrouvaient absolument seules sur les quais du métro ou sous les abris bus », relate Dominique Poggi. Cette sociologue, qui anime des démarches de recherches participatives sur la sécurité dans les transports, rappelle que trop souvent encore, « les femmes doivent développer des stratégies d’évitement pour se protéger, en s’installant près du chauffeur ou en s’adossant à la vitre pour éviter les frottements déplacés ».

À Rouen, une jeune femme a récemment raconté avoir abandonné ses activités sportives et culturelles du soir, en raison de l’éloignement par rapport à son domicile. Une autre a expliqué se camoufler avec une capuche et un jogging, en adoptant une démarche masculine, afin d’emprunter des passages sombres ou en tunnel lorsqu’elle rejoint les transports pour rentrer chez elle. À Bordeaux, un voyage exploratoire a permis d’identifier un abribus anxiogène, mal éclairé et dépourvu d’affichage des horaires, à l’orée d’un bois. « Selon une étude de la Fédération des usagers des transports en Ile de France, 87 % des femmes subissent des agressions dans les transports en commun. Et dans seulement 5 % des cas, l’environnement réagit, malgré les campagnes de sensibilisation », pointe Dominique Poggi, qui souligne l’importance de la présence humaine sur les réseaux, ainsi que la formation adéquate des personnes chargées d'assurer la sécurité.

« Il est par ailleurs déterminant d’associer les voyageuses au choix des dispositifs de sécurité, mais aussi à l’aménagement des réseaux de transport eux-mêmes dans nos villes », préconise cette experte.

La technologie au service de la sécurité

Une chose est sûre : les solutions existent. « Les systèmes embarqués de surveillance électronique peuvent supporter sans dommage les vibrations et les surtensions des matériels roulants, ils comportent de la vidéo et de l’audio pour envoyer des alertes au PC sécurité par exemple », explique Laurent Zaffran, directeur commercial de Securitas Technologies.

S’y ajoute aujourd’hui la géolocalisation, « qui permet de suivre en temps réel le mouvement d’une rame de métro ou d'un bus sur une carte, avec des alarmes en cas de dérive de la trajectoire ». Tout en étant de plus en plus mobiles, les agents de sécurité peuvent recevoir l’information en direct grâce à l’usage de leur tablette. Le meilleur moyen d’être réactif.

Des lois en cours d’adaptation

Après les attentats de 2015 à Paris et dans sa banlieue, le parlement français a adopté, sous l’impulsion du député Gilles Savary, la loi relative à la prévention et à la lutte contre les incivilités, contre les atteintes à la sécurité publique et contre les actes terroristes dans les transports collectifs de voyageurs.

Dans un contexte sécuritaire alarmant, le texte, promulgué le 22 mars 2016, a renforcé les prérogatives des transporteurs publics. Mais quatre ans plus tard, son auteur juge le bilan mitigé. C’est pourquoi le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, a annoncé le 5 août 2020 une série de mesures nouvelles pour améliorer la sécurité dans les transports en commun. Parmi elles : le renforcement du continuum de sécurité visant à faire travailler ensemble les forces de sécurité de l’Etat, la police municipale et les entreprises de sécurité privée. Une proposition de loi déposée en ce sens par les députés Alice Thourot et Jean-Michel Fauvergue est à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale.

En outre, des décrets d’application d’un autre texte, apportant quant à lui un nouveau cadre général au secteur des transports, la loi d'orientation des mobilités du 24 décembre 2019, devraient rapidement entériner des dispositifs innovants, comme le port, par les conducteurs, de caméras piéton déjà utilisées par la SNCF et la RATP.

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