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2 juin 2022
Modifié le jeudi 02 juin 2022 09:38
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Sécurité : vers un cercle de confiance entre public et privé

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Cdse

Lors d’un colloque organisé fin 2021 par le Club des directeurs de sécurité des entreprises, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a posé les jalons d’un futur « continuum » entre l’État et les entreprises. 

Depuis une trentaine d’années, les entreprises prennent conscience de l’importance des enjeux de sûreté liés à leurs activités, au gré des bouleversements géopolitiques et sociétaux que rencontre notre pays. Les plus grandes d’entre elles se sont dotées d’un directeur de la sécurité qui accompagne ce changement et voit aujourd’hui son métier évoluer, d’un rôle opérationnel vers une fonction véritablement stratégique. Un sujet qui a été largement évoqué le 16 décembre 2021 au palais des congrès d’Issy-les-Moulineaux, lors du colloque annuel organisé par le Club des directeurs de sécurité des entreprises (CDSE). 

« Jusqu’à tout récemment, les pouvoirs publics restaient dans le déclaratif, en reconnaissant l’importance de la prise en compte de la sécurité dans les entreprises et l’importance, aussi, de l’existence d’opérateurs de sécurité privée compétents », observe Stéphane Volant, président de cette organisation. « Or pour la première fois, durant notre colloque, nous avons entendu de la bouche du ministre de l’Intérieur que la sécurité privée, et donc les donneurs d’ordre dans les entreprises, constitue la troisième force de sécurité nationale, juste derrière la police et la gendarmerie, et les polices municipales. C’est une avancée majeure que nous saluons. » 

La LOPMI pour consacrer le rôle des entreprises 

Encore faut-il, disent les professionnels, que ceci se traduise dans les actes. Certes, la loi pour une sécurité globale préservant les libertés, promulguée en mai 2021, vise à intégrer plus directement l’ensemble des acteurs de la sécurité et de la sûreté autour d’un « continuum de sécurité ». Pour autant, beaucoup reste encore à faire d’après le CDSE. 

Stéphane Volant rappelle ainsi que la composition du collège du Conseil national des activités privées de sécurité (Cnaps), établissement public sous tutelle de la Place Beauvau, faisait l’objet d’un débat. « Nous les donneurs d’ordre des grandes entreprises françaises, nous nous sommes battus pour que les représentants des entreprises prestataires de sécurité privée y restent et nous avons obtenu gain de cause : le ministre a procédé à l’arbitrage en leur faveur, preuve qu’il veut renforcer le rôle des professionnels de la sécurité privée », se félicite-t-il. 

D’autres jalons pourraient être posés par la prochaine Loi d’orientation et de programmation pour le ministère de l’Intérieur (Lopmi) qui devrait être adoptée rapidement en conseil des ministres, passée l’élection présidentielle. Le CDSE en attend « beaucoup d’éléments concrets », propres à consacrer le rôle des entreprises et de leurs directeurs de sécurité-sûreté dans la chaîne de sécurité globale. C’est d’autant plus important que la pandémie de Covid-19 a agi comme un révélateur du rôle transversal de la fonction sécurité-sûreté pour la continuité d’activité des entreprises. 

Des problématiques de sécurité différentes entre l’État et les entreprises  

Désormais, on le sait, le quotidien des cadres dirigeants de la sécurité dans les entreprises s’élargit aux problématiques sanitaires, aux risques psychosociaux, à la cybersécurité, à la chaîne logistique, aux évolutions de la criminalité… « C’est pour toutes ces raisons que nous défendons la notion de cercle de confiance, qui prend en compte au bon niveau tout ce que font les entreprises en la matière », indique Stéphane Volant. 

Chaque année, les 150 plus grands groupes du pays qui composent le CDSE dépensent approximativement plus de 100 milliards d’euros dans la sécurité. Mais il faut élargir la prise en compte des sujets de sécurité aux petites et moyennes entreprises. « Nous ne sommes pas dans la même dimension que le ministère de l’Intérieur, dont le budget annuel s’élève à environ 17 milliards d’euros, à quoi s’ajoute tout ce que fait le ministère de l’Economie et des Finances dans la cybersécurité, et le ministère des Armées dans la défense des intérêts souverains de la France. Ce qui importe, c’est que nous jouions tous dans la même catégorie », tient à souligner le président du Club. 

L’État a des soucis régaliens, la sécurité de tous les citoyens. Les entreprises, elles, ont le souci de leur image, de la marque employeur et de la responsabilité sociétale (RSE), ainsi que des problématiques de contrefaçon et de sécurisation des chaînes d’approvisionnement. 

Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, présent au colloque du 16 décembre, s’est déclaré favorable à ce cercle de confiance qui permettrait de formaliser les échanges d’informations entre le secteur public et le secteur privé, peut-être au niveau départemental. Il a évoqué l’idée d’un système « intéressant et intelligent » qui donnerait la possibilité, dans certaines conditions qui restent à préciser, de partager des « éléments de confidentialité et de confiance », sous l’autorité des préfets et des sous-préfets. Un pas de plus vers le fameux « continuum ». 

Les entreprises face au risque terroriste

Le Club des directeurs de sécurité des entreprises (CDSE) l’a souligné à l’occasion de son colloque 2021 à Issy-les-Moulineaux : les enjeux de la sûreté s’élargissent et prennent une dimension internationale. Echiquier géopolitique mouvant, recul des démocraties, montée de la violence, menace cyber accrue, nouvelles perceptions du voyage d’affaires… Les entreprises doivent aujourd’hui s’organiser contre la menace terroriste. 

« En cas d’attaque, les événements sont extrêmement visibles dès lors qu’ils se produisent dans un grand magasin ou sur un grand site industriel », fait remarquer Stéphane Volant, président du CDSE. Mais il existe aussi une partie invisible, ce qu’il est convenu d’appeler « des signaux faibles », ceux que peuvent émettre certains salariés au sein même de l’entreprise et qui doivent mettre la puce à l’oreille : refus de serrer la main aux femmes, opposition à l’autorité hiérarchique des femmes… 

Dans les très grandes entreprises, le management est formé à ces sujets et la plupart du temps, il existe des correspondants dans l’appareil d’Etat pour relayer ce qui se passe sur le terrain. Dans les petites et moyennes entreprises, en revanche, ce n’est pas le cas. « L’idée d’avoir des correspondants réguliers dans l’administration est très intéressante. Nous militons en ce sens et nous espérons que ce sujet figurera dans la prochaine Lopmi », explique Stéphane Volant. La problématique terroriste vaut en outre pour les entreprises de sécurité privée, lesquelles rencontrent parfois des situations sensibles. 

Actuellement, le CNAPS effectue des contrôles des entreprises et des agents de sécurité qui opèrent dans le domaine de la sûreté mais il ne le fait pas dans la filière incendie. Or les sociétés de ce secteur sont en possession des clefs des locaux de leurs entreprises clientes, il y a donc un risque. En conséquence, le CDSE appelle le ministère de l’Intérieur à contrôler de la même façon les sociétés privées, intervenant en sécurité incendie. 

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