AccueilSûreté« Tout le monde doit faire un effort pour que la sécurité privée trouve sa place en France »
30 août 2021
Modifié le lundi 30 août 2021 14:35
Interview

« Tout le monde doit faire un effort pour que la sécurité privée trouve sa place en France »

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Securite-privee

Interview de Jacqueline Maquet, Députée La République en Marche du Pas-de-Calais.

Le 26 mai 2021, vous avez remis en commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale un rapport sur les enjeux de la sécurité privée. Rédigé avec le député Les Républicains de la Loire, Dino Cinieri, ce document montre la place que cette activité occupe en France. Pensez-vous qu’elle est considérée à sa juste valeur ?

Jacqueline Maquet : Durant mes deux premiers mandats de députée, j’avais souvent collaboré avec la police, la gendarmerie et les sapeurs pompiers. Lorsque j’ai commencé à travailler sur la sécurité privée dans le cadre de cette mission d’information, j’ai découvert un secteur allant bien au-delà des gardes que je connaissais à l’entrée de mon supermarché. Avec Dino Cinieri, qui connaît bien le sujet pour avoir lui-même dirigé pendant vingt ans une société de sécurité par le passé, nous avons entrepris une trentaine d’auditions. Ces dernières nous ont permis de prendre la mesure de la diversité d’une profession indispensable à l’économie de notre pays, dans un contexte de plus en plus fragilisé. Elle est hélas encore trop méconnue.

Comment expliquez-vous le déficit de notoriété de la sécurité privée ?

J. M. : J’ai été agréablement surprise de voir que les professions, et j’utilise volontairement le pluriel, étaient déjà relativement organisées. La sécurité privée touche à des domaines aussi variés que les services aéroportuaires ou le transport de fonds pour le compte des banques. Si elle manque de reconnaissance, c’est parce que l’Etat ne s’en préoccupe pas encore beaucoup. Mais aussi parce que les entreprises du secteur ne sont pas suffisamment structurées en filières reconnues. À mon sens, il y a donc des efforts à faire dans les deux sens.

Quels sont les problèmes à résoudre prioritairement ?

J. M. : Nous avons avancé quinze propositions, en reprenant notamment des mesures pragmatiques qui figuraient initialement dans le projet de loi sur la sécurité globale et qui n’ont pas été retenues dans le texte finalement adopté au Parlement et promulguée en mai 2021. Il faut absolument que la France avance, en premier lieu, sur la question de la garantie financière. On ne peut plus continuer à serrer les prix des prestations de sécurité privée, comme on l’a fait jusqu’à aujourd’hui.

Les acteurs du secteur ont beaucoup de mal à recruter. Que préconisez-vous en la matière ?

J. M. : Le turnover des salariés est de 93%, c’est énorme. Le problème vient du niveau de rémunération. Les agents de sécurité sont si mal payés qu’ils rechignent à rester dans les entreprises et à suivre des formations. Le problème de la qualification est majeur, car il n’améliore pas l’image du secteur et pèse sur son attractivité. L’Etat doit légiférer pour résoudre la question et éviter les phénomènes de sous-traitance en cascade, qui déresponsabilisent tout le monde.

Quel est le poids économique de la sécurité privée actuellement ?

J. M. : Ce sont 12 000 entreprises, parmi lesquelles un grand nombre d’autoentrepreneurs et 3 500 sociétés comptant un salarié ou plus. Le secteur réalise 9 milliards d’euros de chiffre d’affaires par an, ce qui n’est pas rien. Autre élément à avoir à l’esprit : son activité porte, à 70%, sur le métier de la surveillance humaine, même si la sécurité privée, en pleine expansion, développe depuis quelques années la vidéosurveillance et la vidéo protection. Pour améliorer sa visibilité, nous préconisons la création d’un observatoire économique du marché de la sécurité. Cette structure est absolument nécessaire. Elle permettra de mieux suivre les évolutions du secteur et de ses acteurs.

En quoi la Coupe de monde de rugby, les Jeux Olympiques et Paralympiques, qui auront lieu respectivement en 2023 et 2024 en France, peuvent-ils aider la profession ?

J. M. : Les forces de l’ordre ne peuvent plus faire face à toutes les difficultés. Elles sont prêtes à confier certaines tâches au secteur privé, sous réserve que les personnels soient dûment qualifiés. Le débat autour du continuum de sécurité entre les secteurs public et privé a pris du retard à cause de l’épidémie de Covid-19. Il faut maintenant accélérer, dès la rentrée de septembre.

Comment aider les acteurs du privé ?

J. M. : Nous appelons à la création d’une Task force* nationale, afin que ces deux grands événements sportifs réveillent la profession et l’encouragent à se mobiliser dans les plus brefs délais. La Coupe du monde de Rugby, comme les JO, doivent impérativement bien se passer. C’est une occasion rêvée pour la sécurité privée de redorer son blason. Et il en va de la réussite de la France.

* Force d’organisation temporaire créée pour exécuter une tâche ou une activité donnée.

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