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6 septembre 2022
Modifié le mardi 06 septembre 2022 16:51
Décryptage

Le rapprochement de l’humain et de la technologie, un avenir imparable

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Alors que certains pays d’Europe comme l’Espagne utilisent déjà la reconnaissance faciale et l’intelligence artificielle, la France peine à adapter son cadre législatif et réglementaire à l’usage inéluctable de plus de technologie dans la sécurisation des personnes et des biens.
 

Comme le soulignait récemment un débat organisé par la WebTV Agora Mag, la sécurité privée, jadis symbolisée par l’agent de sécurité, « est en train de muer » vers l’univers high-tech. Caméras de vidéosurveillance, big data, intelligence artificielle, reconnaissance faciale, drones… On ne compte plus les innovations qui sont en train d’envahir la profession et de la chambouler. Il s’agit d’une mutation de long terme qui voit les donneurs d’ordre moins faire appel à des agents de sécurité et davantage à des solutions électroniques.

Aujourd’hui, l’enjeu n’est définitivement plus de sécuriser l’entrée d’un site mais bien l’ensemble du site, au moyen de toute une batterie d’outils.

« Les technologies s’invitent depuis plus de vingt ans dans les missions de nos agents de sécurité », rappelle Servan Lépine, président du collège « Hommes et technologie » au Syndicat national des entreprises de sécurité (SNES).

D’où vient, alors, le fait que le rapprochement entre la surveillance humaine et la technologie avance aussi lentement en France ? « Les technologies sont là, accessibles, éprouvées… Ce qu’il reste peut-être à réaliser, c’est de faire évoluer le droit », analyse Jean-Christophe Chwat, président de la Fédération française de la sécurité privée (FFSP). D’après lui, certains acteurs restaient jusqu’à très récemment « chacun dans son couloir », peu disposés à adopter sur le sujet une position holistique. En prenant, autrement dit, le problème dans sa globalité.

Un paradoxe, quand on sait que pour les Jeux Olympiques de 2024, Paris aura recours aux services de sécurité mobile et à la vidéosurveillance, mais aussi aux drones, aux algorithmes capables de détecter certains comportements caractéristiques, et aux centres de supervision locaux, lesquels permettront d’interfacer les missions des agents de sécurité de proximité.

Entraînée par les principaux représentants du secteur, à commencer par Securitas, la profession chemine néanmoins vers une alliance entre l’humain et la technologie pour accomplir ses missions.

« En réalité, la contrainte est aujourd’hui plus systémique, avec une règlementation française encore assez contraignante, estime Jean-Christophe Chwat. A la différence d’autres pays européens comme la Belgique ou l’Espagne, il y a beaucoup de choses que l’on ne peut toujours pas faire en France. Notre pays est clairement en retard ».

En regardant de l’autre côté des frontières, le constat est clair, d’après lui. Certes, le Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS), sous tutelle du ministère de l’Intérieur, a déjà « beaucoup agi » pour faire évoluer les mentalités et la réglementation, pour simplifier et mieux crédibiliser la profession… Cependant, « ça ne va pas assez vite, et pas assez loin », martèle Jean-Christophe Chwat, qui a évidemment en tête le continuum de sécurité, cette idée que la sécurité publique et la sécurité privée peuvent, et doivent, cheminer l’une vers l’autre. Dans d’autres pays, constate-t-il, « on se sert de la technologie pour ce qu’elle a de mieux, pour mettre en place une vraie sécurité ».

Ainsi l’Espagne a une belle longueur d’avance sur les possibilités d’utilisation de la reconnaissance faciale et de l’intelligence artificielle. « A Madrid, il existe une véritable collaboration entre le pouvoir régalien, la police et la Guardia civil, équivalent hispanique de la gendarmerie, et les opérateurs privés. Là-bas, grâce à la technologie, le continuum que nous appelons tous de nos vœux est une réalité », note Jean-Christophe Chwat.

Plutôt qu’un risque pour les droits humains et les libertés, les Espagnols voient au contraire les dispositifs de reconnaissance faciale comme un moyen de ne pas avoir à surveiller tout le monde. Ils permettent justement de ne pas devoir garder un œil sur tous les écrans alimentés par les images des caméras de vidéosurveillance. Dans le même ordre d’idée, l’intelligence artificielle, grâce aux algorithmes qu’elle emploie, peut alléger la charge de travail des agents de sécurité, en déterminant si un mouvement de foule peut présenter un risque ou non.

En réalité, la technologie est porteuse de nombreuses avancées : la traçabilité des événements et des actions sur le terrain, l’efficacité dans la relation entre les entreprises de sécurité privée et les forces de l’ordre et, en définitive, une meilleure maîtrise des risques auxquels sont exposées les populations.

Le président de la FFSP ajoute un argument de poids : en utilisant davantage les technologies, les hommes et les femmes qui travaillent dans le domaine de la sécurité privée voient de nouvelles perspectives de carrière et de revenus s’offrir à eux, leur mission n’en devient que plus intéressante.

En somme, l’alliance de l’humain et de la technologie ouvre la voie à « une politique sociale plus volontariste » dans le secteur, explique Jean-Christophe Chwat. « Ce n’est en rien attentatoire aux libertés. A nous de poser des bornes, avec le législateur, pour éviter les dérapages », dit-il. Et de faire un pari : à l’avenir, on n’aura pas moins d’humain pour gérer la sécurité des personnes et des biens. On aura « mieux d’humain ».

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